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13/10/2007

La gauche la plus bête du monde ?

Le JDD – édito de "Iconoclaste" - samedi 13 octobre 2007 à 13:30

 

Il faut croire que les leçons de la dernière présidentielle ont déjà été oubliées puisqu'un sondage CSA pour "Marianne" annonce que 71 % des électeurs de gauche souhaiteraient une candidature S. Royal en 2012 contre 46 % pour l'ensemble des Français... Après la droite, serait-ce au tour de la gauche d'être la plus bête du monde ?

 

Je ne ferai pas comme M-N. Lienemann ou d'autres de ses petits camarades qui aiment à fustiger la "candidate malheureuse à l'élection présidentielle". Il n'empêche, on est en droit de s'interroger sur le décalage entre les électeurs de gauche et les électeurs tout court ! D'autant que - ne l'oublions pas - S. Royal fut désignée par le PS pour le représenter sur la foi de bons sondages (dont elle bénéficia jusqu'en janvier dernier).

 

Comme le rappelle L. Jospin, dans "L'impasse", entre les lignes : "Ce n'est pas aux sondages de désigner le ou la meilleur(e) des socialistes pour les représenter mais eux-mêmes". Du reste, "S. Royal, pure produit des sondages, n'a pas su gagner contre le candidat de droite." Que l'on ait ou non de la sympathie pour l'ancien Premier ministre, force est de l'approuver, sur ce point.

 

Et le sondage CSA pour "Marianne" va plus loin. Pour diriger le PS, les Français (à 28 %) préfèrent Bertrand Delanoë à Ségolène Royal (18%) et Laurent Fabius (14%). Pire ! Les électeurs de S. Royal verrait bien le maire de Paris Premier secrétaire du Parti socialiste à 48 %, contre 47 % pour la "Madone" ! La gauche serait-elle devenue schizophrène ?

 

Car si demain, B. Delanoë succède à Fr. Hollande pour diriger le PS, il est légitime qu'il fasse acte de candidature en 2012 ! C'est la logique du PS d'Epinay : le chef du parti est, normalement, le candidat du parti... C'est ainsi que procédèrent Fr. Mitterrand en 1981, L. Jospin en 1997 ou Fr. Hollande aux européennes de 1999... Mais S. Royal, ayant l'expérience de 2007 et les fameux "17 millions d'électeurs du 2nd tour", revendiquera, elle aussi, de pouvoir se présenter... Bref, un beau capharnaüm (mot qui me fait rire) en perspective !

 

Autre gourmandise sondagière, après avoir fait le choix des meilleurs à gauche, on les place en situation. Et donc, "si dimanche prochain avait lieu le 2nd tour de l'élection présidentielle", pour qui voteriez-vous ? Eh bien, "56 % des Français indiquent qu'ils voteraient N. Sarkozy et 44 % S. Royal". On le voit, la présidente de la Région Poitou-Charentes est la meilleure ! Elle est tellement meilleure qu'elle perdrait encore plus distinctement contre son adversaire du printemps dernier !

 

Mais, ce n'est pas grave. De toute façon, elle n'a rien à voir dans sa défaite. La preuve : "69% des sondés pensent que le PS porte la responsabilité de l'échec à l'élection présidentielle, 81% pour les électeurs de Ségolène Royal au second tour". Hélas, la candidate socialiste - on le sait - a fait des erreurs.

 

Même BHL - pourtant un de ses fervents admirateurs - le reconnaît ! Il pointe, en outre, l'extrême solitude de cette femme dans la campagne présidentielle, "solitude qui le trouble". Allez comprendre ! Elle était seule (et s'est esseulée) pour faire campagne mais la responsabilité doit être collective ! Ces con... de militants font vraiment mal leur boulot, quand même !

 

Les sondages n'ont pas d'autre ambition, c'est un fait, que d'amuser le peuple. Les Français sont affriandés par eux et en consomment beaucoup. Comme les publicités pour Danone ou autre Peugeot, leur mission est de vendre. Vendre une personnalité. La proposer. Et donc influencer (la personnalité et les électeurs), au fond. Car citer une personne, c'est lui accorder du crédit et lui conférer une certaine importance. Et est-ce déjà l'heure, à gauche, de choisir son ou sa candidat(e) ?

 

Bien sûr que non. "L'heure est à la rénovation et aux propositions" (ritournelle entonnée par tous les socialistes depuis le 6 mai dernier). Mais personne ne fait rien, personne ne prend d'initiatives, personne n'a même pas su "prendre le pouvoir" dans ce parti. On nous a promis un congrès à l'automne prochain (!) et d'ici là, chacun se tire dans les pattes pour mieux tirer la couverture à soi, chacun y va de sa formule incantatoire ou religieuse en promettant (c'est juré) d'incarner la rénovation, chacun ne pense qu'à une chose : qui "sera en situation" (expression actuelle dont usent et abusent nos dirigeants politiques et qui ne veut rien dire) en 2012 ?

 

Vite ! Encore des sondages ! Il n'y a plus qu'eux qui nous amusent. Car nos dirigeants de gauche, même s'ils cherchent à faire les guignols, nous font plus pleurer que rire. Et pleurer de désespoir.

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