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29/03/2015

Gironde: un an de prison avec sursis pour le patron du PS pour harcèlement

M. Freygefond, par ailleurs élu au Conseil régional d'Aquitaine, avait déjà été condamné à 18 mois avec sursis et cinq ans d'inéligibilité pour une affaire distincte de "prise illégale d'intérêt" et de "corruption passive", en lien avec une opération immobilière.

Mercredi, le numéro un du PS en Gironde a été condamné, à un an de prison avec sursis pour harcèlement moral à l'encontre d'un jeune directeur de cabinet qu'il avait assailli de centaines de courriels amoureux ou sexuels, jusqu'à ce que le collaborateur, à bout, démissionne. 

Le tribunal correctionnel de Bordeaux est allé au-delà du ministère public, qui avait requis six mois de prison avec sursis contre Ludovic Freygefond, 43 ans, maire de 2001 à 2014 du Taillan-Médoc, dans la grande agglomération bordelaise. Il a également été condamné à deux ans d'interdiction des droits civiques. 

L'affaire avait éclaté avec la plainte déposée en septembre 2012 par ce collaborateur, ambitieux diplômé en Sciences politiques recruté en 2009, à 25 ans, comme directeur de cabinet du maire. La relation professionnelle dérivait après quelques mois en une passion amoureuse, à sens unique, du maire pour le jeune homme. 

Le dossier a relevé, dans un flot de milliers de courriels, plus de 330 messages amoureux ou à caractère sexuel parfois très crus, que l'audience a dans l'ensemble évoqués pudiquement, des courriels envoyés à toute heure, sur fond de grosses cadences de travail. Des courriels parfois prometteurs --comme faire miroiter la succession à la mairie-- passés à un ton plus menaçant en 2012, comme dissuader le jeune homme de rechercher un poste politique en Gironde. 

Car le directeur de cabinet finit par démissionner en mars 2012, et après l'éclatement de son couple, un épisode dépressif, des idées suicidaires, des scarifications, a porté plainte. Il a depuis quitté la politique, la région, et est actuellement apprenti comédien à Paris.

 La défense de M. Freygefond a plaidé "la passion, la passion qui chasse la raison". L'élu "est devenu fou amoureux" de ce garçon, qui pour sa part a joué "un jeu dangereux", car de son côté "rien n'a été fait pour dissiper l'ambiguïté fondamentale qui existait entre eux", dans une relation d'une "grande proximité, d'une grande promiscuité", a affirmé Me Jean Gonthier. 

Une ambiguïté rejetée par Me François de Contencin, avocat de l'ex-directeur de cabinet, partie civile: il a reconnu "une part d'ambition non dissimulée" chez son client, mais aussi sa "fin de non-recevoir catégorique" apportée aux avances du maire. 

Il a aussi fustigé "un véritable abus de pouvoir", notant que "souvent, les élus dans ce cas de figure sont dans la toute-puissance avec leur collaborateur (...), une des manifestations du sentiment d'impunité d'un élu local, d'un élu en règle générale". 

L'avocat, tout comme le vice-procureur Jean-Louis Rey, a relevé que c'est bien pour "harcèlement sexuel" qu'aurait dû être jugé l'élu, prévention non retenue en raison du vide juridique qui subsista quelques mois, en 2012, entre l'abrogation de ce délit, et la promulgation d'une loi redéfinissant le harcèlement sexuel. 

 

Au titre des préjudices matériel et moral, le tribunal a accordé près de 70.000 euros de dommages et intérêts à l'ex-directeur de cabinet.

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